VagueBelge_PetitRechain

Les cas solides :

La Vague Belge, 1989-1993 : 

L'affaire Kuzmek

Introduction
Chronologie rapide
L'enquête de Franck Boitte
Mon enquête commence
Les brevets
L'invention
L'article du Skepter (2000)
Discussion de l'article du Skepter

EN CONSTRUCTION Ce dossier doit beaucoup aux informations de première main qu'a bien voulu me confier M. Franck Boitte, enquêteur ufologue et membre actif de la SOBEPS depuis 1972. Qu'il en soit ici publiquement et chaleureusement remercié.


Dès le début de la vague belge, un certain M. Kuzmek fait parler de lui. Il prétend tout simplement être à l'origine des observations ayant déclenché cette vague (voire même de toute la vague), en ayant fait voler nuitamment et en extérieur des ballons spéciaux de son invention, remarquablement manoeuvrables, et équipés de trois feux halogènes.
Ces propos incroyables vont être repris par certains ufosceptiques flamands, principalement par Paul Vanbrabant (jeune informaticien dans une banque). Cette histoire est également contée pages 314-318 de VOB2, mais sans nommer le personnage en question. En fait cette "affaire Kuzmek" est très peu connue des ufologues, seuls trois sites web néerlandophones l'évoquent nomément, le VOB2 en parle par allusion, et sinon, rien.

La plupart des informations qui suivent sur ce mystérieux M. Kuzmek proviennent de Franck Boitte, qui l'a interviewé à deux reprises, pendant près de 15 heures au total. A ma connaissance, aucun des ufosceptiques n'a fait cela ; ils se contentent donc de répéter certaines confidences lâchées de ci de là par Franck Boitte, ou bien simplement de spéculer. Seul Wim van Utrecht l'a interviewé une fois, par téléphone.

S'il parait désormais certain, même pour les ufosceptiques, que ce M. Kuzmek ne peut expliquer à lui seul l'ensemble des observations de la vague belge, il n'en reste pas moins vrai que ses tentatives pour en convaincre les médias et certains ufologues furent réelles et pertinentes. Alors, hurluberlu talentueux, ou agent de désinformation (comme il le prétendit lui-même) ?

Chronologie rapide


"En Belgique j'ai (NDR : c'est JPP qui parle) eu l'occasion d'être en contact avec un homme qui était au coeur d'une désinformation également assez subtile. Il avait conçu des mini-zeppelins, d'une douzaine de mètres de long, faits de mylar transparant (en réel, il sont fabriqués en mylar brillant qui ressemble au papier d'argent dont on emballe les chocolats - FBE) et gonflés à l'hélium. Ceux-ci portaient un grand nombre de mini-batteries actionnant 32 moteurs électriques ..."
"Des que j'ai su ce qui se préparait, j'ai averti les gens de la SOBEPS"
(VOB2,316).

Précaution inutile, comme le rappelle d'ailleurs P. Ferryn quelques lignes plus bas : "Nous le [l'inventeur génial, NDR] connaissions déjà".

L'enquête de Franck Boitte

Informé de ce cas par Jean-Luc Vertongen à l'été 1991, Franck Boitte est l'un des rares (avec Patrick Ferryn) à avoir longuement parlé avec Kuzmek, notamment en compagnie d'un de ses "pilotes" comme il les appelle, le dénommé "Patrick Hubble".

Via M. De Laet, Franck Boitte obtient un premier entretien avec M. Kuzmek le 8 mars 1993, en se présentant comme un client potentiel (M. Kuzmek essayait alors de commercialiser son invention de "dirigeable publicitaire" sous le nom de marque OVI = "Objet Volant Identifiable", en référence évidemment à "Objet Volant Non Identifié" ou OVNI). Afin de "détendre l'astmosphère", M. Kuzmek l'a entrainé boire "quelques" piscos sour à l'Auracana... la soirée s'est terminée vers 4 heures du matin, Franck Boitte ramenant M. Kuzmek ivre mort, chez lui, rue du Jardinier à Bruxelles. Il occupait tout un premier étage dans un quartier paumé et indescriptible. Son appartement d'envron 80 m2 qu'il appelait "son loft" était un vrai décor de James Bond. Je cite Franck Boitte :

la première fois que je l'ai rencontré dans son loft, se trouvaient exposées au murs qui faisait face à l'arrivant qui y accédait par un escalier de fer en colimaçon, deux peintures aux dimensions d'une porte. Toutes les deux représentaient la même scène : un homme et une femme en maillot de bain allongés côte à côte sur une plage  de sable proche de la mer dont on voyait les vagues, regardant dans le ciel une sorte de dirigeable sous lequel était attachée par des cables une plate forme de couleur argentée et sur cette plate forme des dessins lumineux. Le tout avait un côté julevernesque un peu naïf, avec des couleurs comme étouffées, peu lumineuses.
On se demandait pourquoi les deux peintures étaient à ce point identiques. Lorsque je lui ai aussitôt demandé si c'était lui qui avait peint cela, il m'a répondu : "Non, un ami. C'est mon invention telle qu'elle m'est apparue en rêve ou plutôt dans une sorte d'écran devant moi dans la villa que j'habitais avec ma femme à l'époque."Quelle sorte d'écran ?" "Une sorte d'image à 3 dimensions. Quand j'y ai balancé un cendrier, il est passé à travers, mais l'image est restée. Ensuite, j'entendais les instructions pour construire ce ballon toutes les nuits et j'ai commencé à prendre des notes."

Kuszmek-le-violoneux (comme il se désigne lui-même) aurait en effet "été instruit" par les "voix désincarnées de gens de l'étage du "dessus" sur la façon de construire ses ballons entre les années 1984 et 1987, date à laquelle il a déposé ses brevets auxquels il a ensuite - sans succès apparent - tenté d'intéresser l'armée belge. Il a pour cela abandonné confort, profession, et épouse (elle l'a quitté)
Kuzmek a également raconté à Franck Boitte qu'il avait effectué des tests de vol de ses ballons depuis un terrain situé à Baelen, là-même où ont eu lieu les premières observations d'ovnis, le 29 novembre 1989.

Au cours de la même soirée, Kuzmek affirma entre autres qu'il était appointé par les services secrets américains, qu'il avait travaillé comme chanteur aux Etats-Unis et comme parolier pour le chanteur Plastic Bertrand :

En effet, au cours de l'enquête que j'ai menée sur sa personne, après l'avoir "cuisiné" à deux occasions différentes pendant plus de 15 heures et copieusement arrosé, il m'a affirmé à deux reprises avec une langue de plus en plus pâteuse qu'il travaillait "pour Washington D.C et pas pour le (sic) CIA, car ça, c'est vraiment de la m...".

Il est toutefois à noter qu'il avait bu 3 Duivels et une demi douzaine de piscos-sour à l'Auracana (un restaurant où on mange "des choses qui font pêter", selon son expression) avant de faire cette "confidence". Et il n'y avait peut être pas que l'alcool ; je cite Franck Boitte :

Vraiment un curieux personnage. Je crois qu'il prenait de l'ecstasy. En tous cas, lors de ma seconde rencontre, celle à laquelle assistait "Patrick Hubble", il a ouvert une boîte plate ressemblant à une boîte de pastilles pour la toux et a prestement avalé une pastille blanche suivie d'une gorgée de whisky.

Bref, un très mauvais point pour un "honorable correspondant", ceci expliquant peut-être la suite, et plutôt un indice de personne non fiable.
En revanche il est exact qu'il a été l'arrangeur à succès de Lucien Jouret, alias Plastic Bertrand, dont il est le parrain de l'un des enfants.
A l'appui de la thèse de "l'agent de désinformation" on pourrait également relever l'épisode "JP Petit", où Kuzmek a su habilement profiter de la notoriété du savant/ufologue pour tenter de crédibiliser/amplifier ses affirmations. JP Petit était connu médiatiquement (passages télé et radio) et du grand public (notamment grâce / à cause de l'affaire UMMO), bénéficiait d'un certain prestige dû à son métier (directeur de recherche au CNRS), et avait été pressenti pour écrire la préface de VOB1. Cela montre au moins que Kuzmek connaissait parfaitement le microcosme des faiseurs d'opinion du milieu ufologique et savait exactement à qui s'adresser pour que soit répandus au mieux ses propos. En l'occurence toutefois cela n'a pas vraiment marché, JP Petit n'a pas été la "caisse de résonnance" qu'il espérait.

En 1996 (date à vérifier) second interview par Franck Boitte, qui reprend contact par téléphone. Kuzmek, qui ne se souvenait visiblement plus de lui, lui avait fixé RV dans les sous-sols de la galerie marchande Louise, dans le quartier chic de Bruxelles où la société d'informatique hollandaise "Tulip" faisait une démonstration sur les possibilités de la "réalité virtuelle". Devant une assemblée d'une cinquantaine de personnes "sur invitation", Kuzmek faisait voler intra muros un de ses ballons, une sphère de mylar de 3-4 m de diamètre dans une débauche de faisceaux laser. C'est "Patrick Hubble" qui, du sol,  "pilotait" le ballon. Chaque fois qu'il manoeuvrait ses manettes, on entendait "dzzz .... dzzz..." et le ballon montait, descendait, tournoyait. Kuzmek était "aux lasers".
Vers 20h00, la démonstration, Kuzmek a embarqué Franck Boitte (et Patrick Hubble, son "pilote") dans sa ford Taunus hors d'âge et pétaradante pour, une nouvelle fois, aller boire moult boissons alcoolisées dans un bar proche. Le personnage est toujours aussi marginal et anticonformiste (alcool, langage "fleuri", conduite automobile hasardeuse, ...), et aussi peu fiable (au cours de la conversation il a affirmé qu'il préparait un spectacle pour JJ. Debout et C. Goya : faut-il le croire - après tout il bien travaillé pour Plastic Bertrand - ou bien était-ce une simple fanfaronnade ?).

Ma propre enquête commence

M. Kuzmek détenait des brevets pour ses inventions de dirigeables hautement maniables, Franck Boitte m'avait dit posséder les copies papier de 2 (deux) brevets. A l'heure d'internet et de Google, il paraissait aisé de vérifier ce point ; je me suis dit qu'il devait y en avoir une trace quelque part sur "la toile".
Une simple recherche sur le site de l'Office de la Propriété intellectuelle (OPRI) dépendant du Service public fédéral belge de l'Economie, avec le mot clé "Kuzmek" permet effectivement de trouver facilement 4 (quatre) références portant sur des "plus légers que l'air" à but commercial ou événementiel. Ces brevets au complet sont également disponibles sur la base esp@cenet de l'Office Européen des Brevets (cliquer ici) :
Les 2 brevets dont Franck Boitte possède une copie sont les deux premiers, les deux plus anciens. Michel Kuzmek est à la fois inventeur et titulaire de ces deux premiers brevets, alors qu'il n'est qu'inventeur sur les deux suivants (le titulaire en est la cabinet Brussels Consulting Group).
NB : Comme souvent en la matière, ces dossiers ont été approuvés par l'office des brevets, sans toutefois que cette validation signifie que l'invention ait été vérifiée ni jugée opérationnelle (article 2).

Les brevets

La fiche documentaire du brevet BE1002132 sur la base ORPI précise notamment les points suivants :

Numéro publication: 1002132
Date publication: 24.07.1990
Numéro provisoire: 8701393
Date dépôt demande:  04.12.1987
Nature: Brevet d'invention 20 ans A5 : Texte avec revendication(s) modifiée(s) + rapport de recherche.
Classifications internationales:  B64B
Titre: AEROSTAT DIRIGEABLE.
Inventeur: Kuzmek Michel Yvan, rue du Pont-Neuf 10, 1000 Bruxelles (BE)
Titulaires: BRUSSELS CONSULTING GROUP S.A. avenue Fond'Roy 129, B-1180 BRUXELLES
Pays titulaire: BE
Représentants: DE PALMENAER Roger - GEVERS & VANDER HAEGHEN-Holidaystraat 5, - B 1831 DIEGEM
Abregé:
Aérostat dirigeable (1) destiné à être utilisé dans un espace délimité (34), comportant une enveloppe (2) qui est gonflée à l'aide d'un gaz et éventuellement au moins un moteur de propulsion (4), ladite enveloppe (2) portant au voisinage d'au moins une (9a) de ses extrémités (9a, 9b), au moins un moteur de manoeuvre dont l'axe (A-A) peut former un angle alpha avec l'axe directionnel (B-B) de l'aérostat, caractérisé en ce que ledit moteur de manoeuvre (10) est monté sur un ensemble (49) orientable dans une direction perpendiculaire à la direction de l'axe de propulsion (B-B) de telle sorte que lorsque ledit moteur de manoeuvre est en service il fait surbir à l'aérostat (1) un pivotement (V) autour d'un axe (C-C) sensiblement vertical, ce pivotement étant éventuellement combiné avec un mouvement de translation vers l'avant, vers l'arrière, vers le haut, vers le bas et/ou latéral.
Date délivrance: 24.07.1990
Date déchéance: 31.12.2003
Description classification:  Lighter-than-air aircraft
Dernière annuité payée : 31/10/2002

La lecture de cette simple page soulève quelques points d'attention :

Le brevet proprement dit est détenu par la société GEVERS & VANDER HAEGHEN, le principal représentant pour la Belgique du European Patent Office (EPO), le Bureau Européen des Brevets, située également à Bruxelles.
Le titulaire du brevet n'est ni Michel Kuzmek, ni la société OVI qu'il a créé ultérieurement, mais le BRUSSELS CONSULTING GROUP S.A.

Le nom du cabinet est étrange (il sonne comme un cabinet de consulting en management d'entreprise). Une recherche sur Google (et autres moteurs classiques comme Lycos, Altavista, Yahoo, ...) ramène une dizaine de références seulement, très peu intéressantes. Référencé dans la liste des entreprises Belges, mais n'ayant apparamment aucun site web, il est étonnant que les trois seules références à ce cabinet sur le web soient, d'une part deux appels d'offres britanniques concernant l'agriculture, et d'autre part le CV d'un haut fonctionnaire du ministère des affaires étrangères du Danemark, Jarl Frijs-Madsen, qui fut "partenaire" à Copenhague de ce cabinet de 1997 à 1999.
Une recherche via MSN Search permet enfin de retrouver cette société dans le Kompass, l'annuaire mondial des entreprises. Dans sa fiche Kompass, on découvre alors que son adresse a changé depuis l'époque du brevet Kuzmek, ce cabinet est situé désormais "Drève Pittoresque 141", et non plus "avenue Fond'Roy 129", mais toujours à Bruxelles. Les coordonnées téléphoniques sont également présentes. On retrouve les mêmes informations dans cette page en Allemand extraite d'un autre annuaire professionnel, avec en plus une adresse e-mail de contact au nom, ce qui m'a permis de prendre contact avec son responsable (et seul salarié ?), M. Philippe Delville.
D'un abord très sympathique, ayant décroché quasiment dès la première sonnerie (ce qui confirme la petite taille de cette structure), monsieur Delville a répondu sans problème à mes premières questions, me renvoyant néanmoins vers le cabinet Gevers pour plus d'informations. Il s'est souvenu instantanément du brevet que je lui ai brièvement décrit (sans citer Kuzmek). Il me dit avoir déposé ce brevet pour "rendre service", et qu'il avait été démontré en vol lors d'un salon EUREKA, le salon des inventeurs Belges. Hélas en ce moment il déplore un litige avec un licencié Allemand, concernant un dirigeable de grande taille, ainsi équipé. M. François Gevers lui-même, contacté par mail, m'a renvoyé vers la page consacré à ce brevet sur la base de données de l'EPO, au demeurant très complète, mais ne m'a fourni aucun des renseignements complémentaires que je lui demandais (renseignements sur M. Kuzmek, photos en vol, liste de clients, etc.).

L'invention technique

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La même fiche documentaire, ainsi que le document original du brevet original (26 pages, format pdf) est disponible sur la base Esp@ceNet de l'Office Belge de Propriété Intellectuelle : cliquer ici. Sa lecture nous apprend deux choses :


  EN CONSTRUCTION A compléter  ...


L'article du Skepter

Source : http://www.skepsis.nl/kuzmek.html (la mise en page a été respectée autant que possible ; grand merci à Franck Boitte pour la traduction).
Ce texte, comme celui de Wim van Utrecht, présente les choses sous une forme tendancieuse, volontairement ou non déformée et pratiquant donc la désinformation. On constatera également que, pas plus que dans le texte de Wim van Utrecht, il n'y a la moindre mention au travail d'enquêteur de Franck Boitte dans cette affaire de ballons, sauf pour dire (ce qui est déjà un aveu) : "Cela au moins se révéla exact", à propos du lien avec Plastic Bertrand.
A la suite du texte quelques notes et commentaires précisant ou rectifiant certains points majeurs.


Auteur: Stijn Meurs
Source : Skepter 13(1), mars 2000

L'hypothèse évoquée dans l'interview ci-dessous est vraisemblablement inexacte - voir le post-scriptum
 
Une vague d'ovni dégonflée.

La vague d'ovni qui a eu lieu en Belgique il y a dix ans a été depuis de tous côtés contestée et mise en cause. Personne n'avait pensé à des ballons dirigeables(-1-). Mais pour Paul Vanbrabant, c'est la seule explication possible.

"Mes collègues et moi avons dû chercher la vérité pendant des années, mais à présent nous la tenons (-2-). Elle est parfois très simple à découvrir, mais les gens ne veulent pas toujours ouvrir les yeux", déclare Paul Vanbrabant, qui, en ce qui concerne les petits hommes verts en provenance de Mars, est visiblement sceptique.

Bref rappel des événements : A partir  du 29 novembre 1989 ont été très fréquemment signalées en Belgique des observations d'objets volants non identifiés. Parmi les premiers témoins, deux gendarmes. Des récits étranges faisant état de l'apparente extrême manoeuvrabilité d'objets triangulaires lumineux se déplaçant à faible altitude dans l'atmosphère ont étés rapportés dans la région d'Eupen et près du réservoir d'eau de la Gileppe. Ils furent suivis par des dizaines d'autres signalisations décrivant plus ou moins les mêmes phénomènes.
La Force aérienne fait décoller en catastrophe quelques F-16, tandis que le radar de Glons capte d'étranges échos radar.
Il s'en suivit toute une série de conférences de presse et d'explications. Toutes à côté de la plaque, selon l'informaticien Paul Vanbrabant (âgé de 28 ans) qui, depuis quelques années, travaille sur une autre hypothèse. "Pour éviter tout malentendu, rappelons que le mérite en revient à Wim Van Utrecht et Jean Delaet, deux enquêteurs ovni expérimentés qui étudient la question depuis au moins 10 ans. Mon rôle consiste à essayer de rassembler et propager leurs découvertes".

Ce que fait notamment Vanbrabant en mettant en place un site bougrement intéressant (http://go.to/ufologie) et en publiant, sous le pseudonyme de Thomas Raven, un roman auto-édité dont le titre est "L'insupportable hypothèse" (-3-). Et surtout en proposant une nouvelle théorie pour expliquer les ovnis. C'est Jean Delaet, enquêteur d'ovnis et pilote de ligne, qui a fait part à ses connaissances des rumeurs qui circulaient au sujet de ballons et d'ULM (de petits avions ultra-légers) qui pouvaient le cas échéant passer pour des ovnis. C'est ainsi qu'il entra en relations avec Michael Kuzmek, décrit par Vanbrabant comme "un inventeur excentrique". Au cours de leur entretien, Kuzmek a admis être le responsable des actuelles apparitions d'ovnis.

A la fin des années 80, Kuzmek, un Hongrois(-4-) habitant Bruxelles, a procédé à des essais de ballons télécommandés à distance qu'il avait lancés lui-même(-5-), très commodes pour effectuer des changements rapides de direction et des variations de vitesse. D'un diamètre moyen de 10 mètres, ces appareils à vocation commerciale portent, attachés par-dessous, de puissants éclairages que Kuzmek peut diriger à volonté vers le bas. Certains modèles étaient équipés sous leur plate-forme d'un écran rectangulaire sur lequel on pouvait par conséquent projeter diverses figures, un peu comme une variante moderne des zeppelins. Intéressant pour un usage publicitaires. D'ailleurs, le roi Baudouin lui-même a assisté dans un certain vaste hangar à une démonstration lors de la commémoration de ses soixante ans et quarante années de règne. Il en a même été pris des photos.

Kuzmek avait aussi pensé assurer un important soutien promotionnel à son invention en allant faire voler ces choses la nuit dans les Ardennes pour attirer l'attention de la presse. Malheureusement, cet épisode lui a d'une certaine façon filé entre les doigts

Au moment où Delaet prit contact avec Kuzmek, certains représentants de la Force aérienne s'étaient également montrés intéressés par les possibilités militaires des ballons, mais ils n'ont pas approfondi la question. Ultérieurement, selon Paul Vanbrabant, Kuzmek a retiré cette explication lorsqu'il s'est aperçu que les conséquences de ses démonstrations dépassaient ses prévisions. Il est en effet interdit de faire voler des engins pendant la nuit. "Et encore moins lorsqu'ils sont pris en chasse par des avions F-16". Depuis ce moment le Hongrois de Bruxelles a disparu sans laisser de traces.

Une petite erreur de pilotage

"L'analyse de toutes les observations datant de cette époque et leur comparaison avec les possibilités des ballons de Kuzmek nous ont convaincus de leur remarquable identité", a déclaré Vanbrabant. "Quoi qu'on examine, cela correspond, les lumières, l'éclairement des côtés latéraux, qui pourrait être dû à la réflexion des lampes de l'éclairage public sur la structure du ballon, la forme générale, le bruit sourd de moteur électrique". Il existe même une observation qui décrit "un étrange objet" suspendu au sommet d'un arbre, éclairé du sol par quelqu'un dans un buisson, ce qui pourrait résulter d'une petite erreur de pilotage de ce Monsieur Kuzmek(-6-). "Vous voyez combien il est aisé de trouver une explication toute simple à de nombreuses observations de cette vague belge", continue Vanbrabant. "Il faut ajouter à cela les phares d'atterrissage des avions de ligne ou la planète Vénus, qui paraissent souvent étranges à des témoins inexpérimentés. On a par exemple raconté partout lors de la soit-disant vague d'ovnis que les deux gendarmes eupenois [qui avaient étés témoins] étaient des observateurs expérimentés. Ca ne tient pas debout. Pourquoi des gendarmes posséderaient-ils quelque expertise au sujet de phénomènes atmosphériques? En réalité, chacun d'entre nous peut être vicitme d'une illusion d'optique. Ils sont tout simplement restés trop longtemps à regarder une planète Vénus bas sur l'horizon au-dessus d'un lac de rétention d'eau, comme c'est facile à démontrer. Moi-même, à Saint-Trond, j'ai pu observer un vaisseau spatial de plusieurs centaines de mètres de longueur avec des hublots sur le côté volant à basse altitude. Jusqu'au moment où mon épouse et moi l'avons observé un peu plus longuement. Cela se révéla n'être qu'un vol compact d’oiseaux rendus lumineux - d'une manière effectivement très bizarre - par l'éclairage de la ville. Mais cela n'en restait pas moins des oiseaux. Autre chose encore, les échos radar de Glons, qui ont été signalés à l'époque des récits les plus spectaculaires, alors qu'il pourrait peut-être ne s'agir que d'un concours particulier de circonstances, résultant de l'émission de nuages de condensation d'eau provenant de la centrale de Tihange combinée à une inversion atmosphérique de température. Le point le plus important est que vous devez commencer par vouloir chercher les explications logiques.
Ce n'est que de cette façon que vous pourrez ne conserver que les cas les plus intéressants.
 

Ballon Kuzmek
Un des ballons de Kuzmek photographié au cours d'une démonstration. Dans la partie inférieure, la plate-forme triangulaire avec ses éclairages, dans la partie supérieure, l'aspect de l'éclairage provenant du sol.

KUZMEK, L'INTROUVABLE INVENTEUR
 
D'après Paul Vanbrabant, le mystérieux inventeur M. Kuzmek, d'origine hongroise, a longtemps habité la commune de Molenbeek-St-Jean à Bruxelles. Son adresse, numéros de TVA, de registre de commerce et de téléphone sont connus mais [à cette adresse] depuis longtemps il n'y a plus personne. Je l'appelle parfois pendant la nuit pour vérifier s'il y a vraiment quelqu'un là, dit Vanbrabant, mais sans succès et il ne possède pas de répondeur téléphonique (-7-).
Je savais déjà par des contacts remontant aux années quatre-vingt-dix entre mon collègue Jean Delaet et Kuzmek qu'il s'agissait d'un personnage. Une sorte de Panamarenko(-8-) qui, si vous voulez aller par là, avait réussi à faire voler des choses. Vanbrabant a mis entretemps la main  sur des documents aux termes desquels Kuzmek, en 1987, deux années avant le début de folie de la vague belge, avait déposé un soit-disant brevet d'invention pour un "Objet Volant Identifiable", un détournement clair de l'expression française "Objet Volant Non Identifié" ou UFO si vous préférez..
Il est vraisemblable que l'inventeur Bruxello-Hongrois eut l'idée d'une farce pour assurer la promotion de ses ballons. Pour cela, tous les moyens auront été mis en oeuvre : dépliants publicitaires, dessins techniques et photos d'un OVI en pleine action. Après toutes ces années, il apparaît clairement que c'est l'inventeur lui-même qui s'est envolé.

D'après un interview de Paul Vanbrabant repris du journal Het Belang van Limburg du 17 mars 2000.

Post-scriptum

Il résulte des données techniques que Kuzmek diffuse dans ses dépliants qu'il disposait de quatre constructions différentes en forme de zeppelins et de deux ballons sphériques. La longueur des zeppelins variait de 5 à 10 m, le diamètre des ballons sphériques de 2m30 à 2m50. Ces ballons étaient gonflés à l'hélium. Dirigés électriquement ils étaient aussi télécommandés à distance par un joystick. En option, ils étaient équipés d'un appareil photo, d'un caméscope ou d'une rampe de lampes halogènes d'une puissance maximale de 800 Watts. Leur but était de faire des enregistrements lors de grandes manifestations puibliques ou de filmer à distance.
En 1991, Kuzmek fit une présentation devant quelques officiers militaires dans le grand hall du Musée de l'Air de Bruxelles.

Kuzmek a raconté à un collaborateur de la SOBEPS, une organisation ufologique bruxelloise, qu'il avait effectué des tests de vol de ses ballons depuis un terrain situé à Baelen, là-même où ont eu lieu les premières observations d'ovnis, le 29  novembre 1989. Plus tard, il reconnut publiquement qu'il avait fait voler ses engins à l'extérieur. En 1996, le major-général Wilfried De Brouwer déclara à Jan Van Eetvelt, collabotateur de CAELESTIA, que Kuzmek avait pris contact avec la Force aérienne belge pour lui proposer de lui apporter la solution au mystère des ovnis contre 25 millions de francs belges (ou plus).
Cette proposition à échoué, de Brouwer estimant qu'il ne fallait pas prendre Kuzmek au sérieux.

Au cours d'une soirée, Kuzmek affirma entre autres à un autre collaborateur de la SOBEPS qu'il était appointé par les services secrets américains, qu'il avait travaillé comme chanteur aux Etats-Unis et comme parolier pour l'artiste wallon Plastic Bertrand. Cela au moins semble exact.

Il était difficile d'avoir une conversation cohérente avec Kuzmek. Lorsque l'enquêteur sceptique Wim Van van Utrecht réussit à lui parler au téléphone, Kuzmek répéta sa rengaine. Van Utrecht avait commencé par admettre qu'il était possible que le déclenchement de la vague belge avait pu être occasionné par le ballon de l'inventeur excentrique, il lui paraissait évident que l'on ne pouvait expliquer de cette façon toutes les autres observations ultérieures.
Lorsqu'en 2000, Paul Vanbrabant a cherché à débusquer Kuzmek pour compléter devant la presse les informations déjà recueillies par Van Utrecht, Kuzmek ne se laissa pas approcher et son lieu de résidence actuel n'est pas connu.
Depuis, Van Utrecht considère comme négligeable la probabilité que la vague belge soit due à des ballons télécommandés.

Notes / Discussion

Abréviations :
JDT = Jean Delaet, enquêteur SOBEPS ; FBE = idem ; JLVN = Jean-Luc Vertongen, Responsable jusqu'au 31/12/1993 du Réseau d'Enquêtes de la SOBEPS ; WVT = Wim Van Utrecht, ufologue flamand ; PVT = Paul Vabrabant, idem ; MBD = Michel Bougard, Président de la SOBEPS ; LCT = Lucien Clerebaut, Secrétaire général idem ; EMT = Eric Maillot ; RLT = Renaud Leclet ; JPPT = Jean-Pierre Petit ; FBE = Franck Boitte ; AMN = Pr Auguste Meessen.
VOB1 = Vague d'Ovnis sur la Belgique, T1.


1/ Personne n'avait pensé à l'hypothèse des ballons dirigeables.
Eh bien si, justement. Le premier à en avoir parlé n'est ni PVT ni WVT, mais l'enquêteur Jean Delaet. Début 1990, JDT faisait toujours partie de l'équipe d'enquêteurs de la SOBEPS. Il n'a pas "pensé" à cette hypothèse, mais l'a envisagée, puis acceptée comme plausible après en avoir parlé avec des amis et pilotes de la compagnie d'aviation privée où il était appointé. Ni MM. PVT ou WVT n'étaient encore entrés en scène à ce moment.
JDT a fait part de ses doutes à JLVN qui en a fait part ensuite à FBE. Le nom de MKK était déjà connu. JDT a provoqué à la SOBEPS une réunion à laquelle participaient entre autres JLVN, le Pr. AMN, LCT et MBD. JDT a exposé ses doutes et fait valoir qu'"à partir du moment où toute cette affaire n'était plus qu'une question de moyens financiers et de technologie [terrestre], la chasse aux ovnis ne l'intéressait plus".
Cette attitude a été très mal reçue et critiquée par les participants, amenant JDT a présenter sa démission séance tenante.
"Si la SOBEPS désire continuer à courir derrière les petits hommes verts, c'est son affaire", a-t-il dit par téléphone à FBE, "moi ça ne m'intéresse plus, j'ai mieux à faire".
NB : JDT  n'était pas du tout un enquêteur expérimenté. Il n'avait rejoint les rangs de la SOBEPS qu'au début de la vague et n'avait pas rentré plus d'une demi-douzaine de rapports - par ailleurs bien faits - sur les enquêtes qui lui avaient été confiées. Après sa démission, il s'est retiré de l'ufologie.

2/ PVT : "Mes collègues et moi-même avons dû chercher la vérité pendant des années, mais à présent nous la tenons".
PVT et ses mystérieux collègues - contrairement à ce qui est insinué plus haut, JDT n'en faisait pas partie et ne travaillait pas avec les ufologues flamands - se sont contentés de croire et répéter tout ce qu'ils entendaient, sans enquêter véritablement eux-mêmes à la source ni exercer leur esprit critique, trop heureux d'avoir trouvé une "explication" qui confortait leurs préjugés.

3/ "L'insupportable hypothèse" est un roman de SF auto-édité qui n'eut aucun succès et qui reprend les thèmes conspirationnnistes chers à S. Greer (qui est, entre parenthèses venu faire un petit crochet en Belgique où il a vu - il était le seul ! - "d'importants convois de camions militaires transportant de nuit des soucoupes triangulaires vers leurs bases souterraines secrètes", prenant L. Brénig comme caution ("Brénig les a vus aussi", dit Greer). C'est totalement mensonger. PVT s'inspire dans son roman de cette "théorie" délirante de l'existence d'une soit-disant 'Aire 51' belge.

4/ Kuzmek n'est pas Hongrois mais né - sans doute en Belgique - de père Croate et d'une mère Belge appartenant à la bourgeoisie Liégeoise.
5/ Lors du premier entretien que FBE a eu avec lui, il a affirmé qu'il avait opéré ses premiers vols "à partir d'une propriété appartenant à sa mère et située à Baelen". Lorsque FBE a essayé de vérifier cette déclaration, l'ufologue sceptique Marc Hallet s'en est mêlé en allant raconter - d'une manière assez surprenante quand on connaît ses convictions - "que ces déclarations étaient tout bonnement délirantes et que la famille Kyzmek - ou sa mère, entre temps divorcée - ne possèdent pas la moindre propriété dans la région de Liège". MHT en a profité pour en remettre une couche sur la caractère, selon lui, fantaisiste, de mes investigations.

6/ Suspendu au sommet d'un arbre, éclairé du sol par quelqu'un dans un buisson
Il est fait allusion ici à l'observation du 11.12.1989 de Jupille-sur-Meuse, vers 02h00. L'objet n'était pas du tout "suspendu à un arbre" (ce qui fait effectivement penser à un ballon en difficulté à moitié dégonflé) ni éclairé par "quelqu'un caché derrière un buisson". Il n'avait pas non plus l'aspect d'un dirigeable mais plutôt celui "d'un vieux sous-marin rouillé façon Jules Verne". Sa face inférieure reposait sur la pointe d'un sapin de plus de 10 mètres de haut dont le témoin voyait les branches pliées sous le poids de sa carrosserie. Il était ceinturé d'un gorge de petites lumières bleutées et rougeâtres qui clignotaient de façon régulière, avait à  l'avant un pare-brise opaque ressemblant à du plexiglass et portait sur les côtés deux espèces d'ailerons faisant penser à des rames repliées. Trois puissants phares éclairaient le sol tandis qu'il émettait par intermittences un bruit sourd, celui-là même qui avait tiré le témoin de son sommeil au début de l'observation. Il s'est élevé au-dessus du sapin, la lumière a crû en intensité tandis que l'objet se mettait en mouvement, puis s'est brusquement éteinte. Plusieurs dizaines de secondes après que l'objet ait cessé d'être visible, le témoin a vu partir du sol en direction du ciel "une énorme colonne de lumière verticale". L'objet n'était pas du tout éclairé du bas à partir d'un buisson comme l'écrit PVT. Tout cela n'existe que dans son imagination romancière.
Signalons que, pour les ufologues sceptiques RLT et surtout EMT, cet ovni était un hélicoptère de type Sea King comme il y en avait paraît-il stationnés sur la côte belge à l'époque, une hypothèse que l'enquêteur JLVN a omis de vérifier (échanges de mails et courriers entre ces personnes et FBE).

7/ Il ne possède pas de répondeur téléphonique
Faux. MKK ne répondait jamais directement à un appel. Lorsque vous l'appeliez, un répondeur vous demandait de vous présenter, laisser un numéro où vous joindre et qu'on vous rappellerait ensuite. PVT ne parvient tout simplement pas à imaginer que son "enquête" survient beaucoup trop tard et que l'oiseau s'est entre temps envolé pour des cieux plus cléments. Aucune mention non plus à Stefan, frère de MKK, qui au début l'assistait dans son travail et qui a disparu lui-aussi. Ni à Patrick Hubble non plus. Ces gens là sont visiblement des inconnus pour nos ufosceptiques néerlandophones. 

8/ Panamarenko est un artiste belge contemporain tendance pop-art, connu pour son "art scientifique", à base de moteurs, machines, mécanismes. Certaines "oeuvres" seraient des sortes de machines volantes, voire des "sacs à dos volants". Pour en savoir plus sur cet artiste, voici trois sites :
extraits : 
Panamarenko a une prédilection pour les motifs aérotechniques. Il est un des artistes belges les plus importants de ces dernières décénnies. Il est présent dans la plupart des manifestations internationales où la Belgique des arts plastiques est représentée. A partir d'une sculpture pauvre, il a développé une poétique de la mécanique du vol, d'abord avec des machines fantasques mais toujours vraisemblables, ensuite en tentant de créer des volatiles bio-mécaniques. (source : Le Petit dictionnaire des Belges)
 
Du 30 septembre 2005 au 29 janvier 2006 aura lieu la plus grande exposition rétrospective de l’œuvre de Panamarenko aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles. L’exposition offrira pour la première fois une synthèse complète de l’œuvre de l’artiste dans toute son étendue.





Table des matières "Vague Belge"

© Franck Boitte & Alain Delmon - Décembre 2005
Article créé le 13/11/2005 ; dernière révision le : 28/12/2005